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Vous avez peut-être quitté cette relation. Ou vous y êtes encore. Mais votre corps reste en alerte. Le moindre bruit vous tend, le sommeil se dérègle, la peur revient sans prévenir, ou vous avez simplement la sensation de ne plus vous sentir tout à fait en sécurité.
Quand je reçois des personnes ayant traversé des violences conjugales, je vois à quel point la souffrance ne s’arrête pas toujours avec les faits. Même lorsque la relation est terminée, quelque chose continue souvent d’agir dans le corps, dans les émotions, dans la mémoire.
Si vous traversez cela, j’aimerais d’abord vous dire une chose simple : ce que vous ressentez a du sens au regard de ce que vous avez vécu.
Dans cet article, je vous propose de mieux comprendre ce qui peut se passer après des violences conjugales, pourquoi certaines réactions persistent, et dans quel cadre l’EMDR peut accompagner ce chemin de reconstruction.
Si vous êtes en danger immédiat ou si vous avez besoin d’aide rapidement, la sécurité passe avant tout. En France, vous pouvez appeler le 17, le 112, utiliser le 114 par SMS si vous ne pouvez pas parler, et contacter le 3919 pour une écoute et une orientation adaptées.
Il existe aussi une application d’entraide entre femme, pour les victimes de violences ou en danger immediat : The Sorority
Télécharger The SororityQuand l’emprise brouille tout
L’emprise ne repose pas seulement sur des violences visibles. Elle peut s’installer progressivement, à travers le contrôle, la culpabilisation, la peur, l’isolement, les contradictions permanentes, le discrédit, ou encore cette alternance très déstabilisante entre tension, apaisement et reprise de la violence.
À force, beaucoup de repères se brouillent. On ne sait plus toujours ce qui est normal, ce qui ne l’est pas, ce que l’on ressent vraiment, ni parfois ce que l’on pense profondément. Je rencontre souvent des personnes qui doutent de leurs perceptions, de leurs souvenirs, de leurs besoins, et parfois même de leur propre jugement. Ce brouillage intérieur n’est pas une faiblesse. C’est un effet fréquent de l’emprise.
C’est aussi pour cela qu’il peut être si difficile de partir, ou même simplement de nommer ce que l’on vit. Il peut y avoir de l’attachement, de la peur, de la honte, de la confusion, de l’espoir, parfois tout cela à la fois.
Quand ces mécanismes commencent à être compris, quelque chose peut déjà se desserrer. On cesse peu à peu de tout ramener à une fragilité personnelle.
Ce que la violence laisse dans le corps et dans la mémoire
Après des violences conjugales, il est fréquent que certaines réactions persistent alors même que l’on essaie d’avancer. Le corps reste en alerte, le sommeil se fragilise, et une sensation d’insécurité peut continuer à s’imposer dans le quotidien. Il peut aussi y avoir des sursauts, une grande fatigue, des moments de sidération ou de déconnexion, des trous de mémoire, ou la sensation de ne plus vraiment se sentir comme avant.
Quand le corps reste en alerte
Certaines personnes ont l’impression de sur-réagir à des situations ordinaires. D’autres sentent que leur corps réagit avant même qu’elles puissent mettre des mots sur ce qu’elles vivent. Il peut y avoir de la honte, de la culpabilité, un sentiment d’impuissance, une perte de confiance, ou des souvenirs qui reviennent sans avoir été invités.
La mémoire traumatique aide à comprendre cela. Lorsqu’un vécu a été trop violent, trop répété ou trop insécurisant, le cerveau ne l’enregistre pas comme un souvenir ordinaire. Certaines traces restent actives et peuvent se réactiver au moindre signal perçu comme menaçant, même lorsque le danger n’est plus là.
Quand cela se produit, il ne s’agit pas d’un manque de volonté. Il s’agit souvent de la trace d’un vécu qui continue d’agir dans la mémoire et dans le corps.
Quand le trauma s’inscrit aussi dans le corps
Dans ma pratique, je suis très attentive à cette dimension corporelle du trauma.
Après des violences, il n’est pas rare que le corps continue à parler, parfois avant même que les mots puissent venir. Je vois souvent des tensions musculaires profondes, une respiration courte ou bloquée, une mâchoire serrée, un ventre noué, des épaules figées, un visage qui se ferme, ou au contraire un système nerveux qui reste en alerte permanente.
Le trauma ne s’inscrit pas seulement dans les souvenirs. Il peut aussi laisser une trace dans les muscles, dans la posture, dans la respiration, dans ce qui se crispe, se fige ou se protège. C’est pourquoi, dans l’accompagnement, je prends aussi en compte ce qui se manifeste dans le corps, parfois très discrètement. Parfois, ce que le corps exprime précède même les mots.
Violence psychologique : un trauma qui compte aussi
Il n’y a pas besoin de coups pour qu’il y ait trauma.
Les humiliations répétées, les menaces, le contrôle, la dévalorisation, l’isolement, les contradictions permanentes ou les formes de domination invisibles peuvent atteindre profondément la sécurité intérieure, l’estime de soi et la capacité à se faire confiance.
La violence psychologique agit souvent de manière plus diffuse, mais ses effets peuvent être tout aussi importants : hypervigilance, troubles du sommeil, perte de confiance, impression d’irréalité, honte, culpabilité ou sensation de vide. Ce qui rend cette souffrance particulièrement difficile, c’est qu’elle est souvent minimisée, par l’entourage parfois, mais aussi par la personne elle-même.
Même si tout vous paraît encore flou, ce que vous ressentez aujourd’hui a du sens au regard de ce que vous avez traversé.
Comment l’EMDR peut aider après des violences conjugales
Dans ma pratique, l’EMDR est une approche que j’utilise lorsque certains vécus continuent d’agir dans le présent, comme s’ils n’étaient jamais vraiment terminés. C’est souvent le cas après des violences conjugales, lorsque le corps reste en alerte, que certaines peurs reviennent sans prévenir, ou que certains souvenirs gardent une charge émotionnelle très vive.
L’EMDR est une approche thérapeutique reconnue dans l’accompagnement du psychotraumatisme. L’Organisation mondiale de la santé indique que, chez les adultes présentant un trouble de stress post-traumatique, les interventions psychologiques à considérer incluent l’EMDR.
Son principe repose sur la capacité naturelle du cerveau à retraiter certains souvenirs restés “bloqués”, c’est-à-dire des souvenirs qui continuent de provoquer une détresse émotionnelle, des réactions corporelles ou une sensation de danger, comme s’ils étaient encore en cours. L’EMDR utilise pour cela un protocole précis, notamment avec des stimulations bilatérales, afin d’aider progressivement à diminuer la charge émotionnelle associée à ces vécus.
Dans le cadre des violences conjugales, ce travail peut aider lorsque des images, des sensations, des peurs ou des souvenirs restent très présents au quotidien. L’objectif n’est pas d’effacer ce qui a été vécu. Il ne s’agit pas non plus de vous pousser trop vite. Il s’agit plutôt de permettre au système nerveux, à la mémoire et au corps de retrouver progressivement plus d’apaisement.
Dans ce travail, j’accorde aussi une place importante à ce qui reste inscrit dans le corps. Certaines personnes arrivent avec une respiration bloquée, des tensions musculaires durables, une mâchoire serrée, un visage qui se fige, ou une sensation d’alerte qu’elles ne savent pas toujours expliquer. Tout cela fait partie de l’accompagnement.
Concrètement, un accompagnement EMDR peut contribuer à apaiser l’hypervigilance, à diminuer la détresse liée à certains souvenirs, et à retrouver davantage de stabilité intérieure et de recul.
Il est important de préciser une chose : l’EMDR ne remplace jamais une mise en sécurité. Lorsqu’une personne est encore en danger, la priorité reste la protection, le soutien et l’évaluation de la situation. L’accompagnement s’inscrit parfois dans un cadre plus large, avec d’autres appuis selon les besoins : médecin, avocat, association, réseau de soutien.
Le rythme du travail n’est jamais imposé. Je l’ajuste toujours en fonction de ce que vous traversez, de ce que vous êtes prête à aborder, et du niveau de sécurité possible à ce moment-là.
Ce que disent souvent les personnes accompagnées sur l’EMDR
Certaines me disent qu’elles se sentent moins envahies par leurs souvenirs. D’autres décrivent un corps un peu moins tendu, un sommeil plus stable, davantage de recul, ou la sensation de pouvoir penser à ce qu’elles ont vécu sans être immédiatement submergées.
À quel moment consulter ?
Il n’existe pas de moment parfait pour consulter après des violences conjugales. Certaines personnes cherchent de l’aide alors qu’elles sont encore dans la relation. D’autres plusieurs mois, parfois plusieurs années après. D’autres encore lorsqu’elles sentent que leur corps ou leur quotidien ne parviennent plus à tenir comme avant.
Vous n’avez pas besoin d’avoir tout compris pour demander de l’aide. Vous n’avez pas besoin non plus d’être certaine que ce que vous avez vécu “mérite” un accompagnement. Si cette question revient en vous, c’est déjà un signal important.
Ce que peut être un premier pas
Consulter peut simplement être un premier espace pour faire le point, mettre des mots, évaluer vos besoins, et sentir s’il existe un chemin d’accompagnement ajusté pour vous.
Je propose un accompagnement EMDR à Bordeaux (Bastide) et à Bègles, ainsi que des consultations en ligne selon les situations. Ce travail se construit toujours dans un cadre sécurisant, avec attention, et à votre rythme.
Avancer à votre rythme
Après des violences conjugales, il est fréquent de ne plus savoir exactement ce que l’on ressent, ni par où commencer. Il est fréquent aussi d’avoir besoin de temps avant de pouvoir parler.
Il n’est pas nécessaire d’y voir clair pour faire un premier pas. Vous n’avez pas à aller plus vite que ce qui est juste pour vous.
Prendre rendez-vousQuestions fréquentes
L’EMDR est-elle utilisable en cas de violence psychologique ?+
Oui. L’EMDR peut être envisagée même lorsqu’il n’y a pas eu de violence physique. La violence psychologique peut laisser des traces profondes sur le corps, la mémoire, la confiance en soi et le sentiment de sécurité.
Faut-il avoir quitté la relation pour commencer un accompagnement EMDR ?+
Pas forcément. Cela dépend avant tout de votre niveau de sécurité. Lorsqu’une personne est encore en danger ou sous forte emprise, la priorité reste la protection, le soutien et l’évaluation de la situation. L’EMDR peut parfois trouver sa place dans ce contexte, mais jamais au détriment de votre sécurité.
Quel type de traumatisme l’EMDR peut-elle aider à travailler ?+
L’EMDR est surtout utilisée dans l’accompagnement du psychotraumatisme, notamment lorsque certains souvenirs, images, sensations ou peurs restent très actifs dans le présent. Dans le cadre des violences conjugales, cela peut concerner aussi bien des violences physiques que psychologiques, dès lors que leurs traces restent présentes dans la mémoire et dans le corps.
Dans quels cas l’EMDR ne doit-elle pas être utilisée tout de suite ?+
L’EMDR n’a pas vocation à être engagée trop rapidement lorsque le cadre de sécurité n’est pas suffisant, ou lorsqu’il est d’abord nécessaire de stabiliser certaines choses. Il peut être utile de renforcer les ressources de la personne, de poser un cadre plus contenant, ou de travailler en lien avec d’autres appuis. Ce n’est pas un refus de soin : c’est une manière de respecter ce que vous traversez.
Comment surmonter un traumatisme lié à des violences psychologiques ?+
Le plus souvent, cela commence par un espace où ce qui a été vécu peut être reconnu sans minimisation ni jugement. Selon les situations, ce chemin peut associer soutien, mise en sécurité, accompagnement thérapeutique, appuis médicaux, juridiques ou associatifs. L’EMDR peut faire partie de ce travail lorsqu’elle est proposée dans un cadre adapté.
À propos de Pascale Farrugia
J’accompagne les personnes confrontées à des traumatismes, à l’anxiété et à des vécus difficiles, dans mes cabinets de Bordeaux et de Bègles, ainsi qu’en ligne selon les situations.
J’accompagne notamment des personnes ayant traversé des situations de violence, d’emprise ou de traumatisme. Mon approche s’appuie sur l’EMDR et la sophrologie, dans un cadre à la fois doux, rigoureux et sécurisant.